Pseudagrion isidromorai est une rareté ; nous avons eu la chance d'apercevoir, bien loin de nous, ce seul individu.
Il n'était d'ailleurs pas officiellement recensé sur la liste des Odonates du Ghana par Dijkstra (2013) et porte la liste des Pseudagrion de ce pays à 18. Ils sont 172 dans le monde et 71 en Afrique (il était cependant connu au Ghana depuis plusieurs années).
Il appartient au groupe B, qui contient 26 espèces en Afrique. Ils se caractérisent en principe par leur taille petite ou moyenne, leur coloration en général plus pâle que ceux du groupe A. Ils se plaisent dans les biotopes chauds, les eaux stagnantes ou temporaires et ont souvent une large distribution.

Il est très proche d'un autre Pseudagrion au Ghana, P. glaucoideum, que nous n'avons malheureusement pas rencontré (certainement aussi rare). Le Large Blue Sprite ou (Great Blue Sprite selon l'UICN), son nom vernaculaire anglais, se distingue de ce dernier par ses larges bandes antéhumérales noires et sa tête très noire sur laquelle tranchent les taches postoculaires bleues.
Noter, sur le second segment, la forme du "U" dont le pied s'étend latéralement et qui vient toucher l'apex du premier segment (une caractéristique qui n'est pas exclusive).
Je n'ai pas réussi à accéder à la description de Compte Sart (1967) qui n'est apparemment pas ou plus sur le Web et je ne connais pas sa taille exacte.
Les seules informations dont je dispose proviennent du site African Dragonflies and Damselflies Online (ADDO, Dijkstra éditeur), malheureusement maintenant hors ligne.
Nous l'avons rencontré sur une étroite rivière très encaissée à laquelle nous avons pu avoir accès sur une douzaine de mètres, avant qu'elle ne passe sous une route, un milieu extraordinairement riche en odonates !


L'ADDO nous dit qu'on rencontre Pseudagrion isidromorai sur "les ruisseaux, mais probablement aussi les rivières, situés dans des zones ouvertes en forêt, surtout les sections plus calmes présentant une végétation émergente et aquatique, ainsi qu'un fond meuble (type vaseux)."
Et c'est bien dans ce milieu que nous l'avons trouvé, à part la forêt ; s'il y avait bien quelques arbres comme on le voit sur la photo, nous étions à quelque distance de la vraie forêt.
Car la vue aérienne est inquiétante pour cette espèce rare ; on y voit que la végétation naturelle a été éliminée pour planter des palmiers à huile (Elaeis guineensis) et que ce site hors du commun ne le restera pas longtemps.
Sa distribution géographique est étendue depuis la Sierra Leone et la Guinée équatoriale jusqu'en Angola au sud et aux Congo avec des lacunes car il n'a pas (encore) été découvert en Côte d'Ivoire, au Togo et au Bénin.
IUCN Red List.
Étymologie Pseudagrion isidromorai
Pseudagrion (Endersby & Fliedner, 2015) du grec ancien, pseudo – faux, erroné, et d’agrion, ceci, comme l’écrit Selys (1876), pour témoigner de la difficulté à séparer ce genre des Agrion ; « les Pseudagrions semblent très voisins des vrais Agrions ». Agrion, du grec Agrios – sauvage, vivant dans les champs.
Isidromorai est un hommage d'Arturo Compte Sart, entomologiste et taxonomiste espagnol, à Isidro Mora (Matti Hämäläinen, 2016), assistant de terrain de Fernando Martorell, enseignant à l'Escuela de Artes y Oficios La Salle à Bata, qui a collecté des spécimens en Guinée espagnole (actuelle Guinée équatoriale).
Compte Sart, A. (1967). Boletin Real Sociedad Espanol Historia Natural, 65, 5-15.
Endersby Ian & Fliedner Heinrich, (2015). The Naming of Australia’s Dragonflies, Ian Endersby & Heinrich Fliedner, Busybird publishing.
Dijkstra, (2013). A Rapid Biological Assessment of the Atewa Range Forest Reserve, Eastern Ghana:137-142. 2013 - Checklist of Odonata Recorded from Ghana - Conservation International.
Matti Hämäläinen, (2016). Catalogue of individuals commemorated in the scientific names of extant dragonflies, including lists of all available eponymous species-group and genus-group names – Revised edition – Journal of the International Dragonfly Fund 1-132.
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