C'est sur une mare très riche que nous avons rencontré Orthetrum africanum, de très loin, et le seul du voyage pour moi (jusqu'à preuve du contraire). Une mare extraordinaire puisque nous y avons observé trois espèces mentionnées pour la première fois au Ghana, comme Agriocnemis victoria, Trithemis aenea, et le très rare Urothemis venata.
Orthetrum africanum est un des 36 Orthetrum africains, un des 15 du Ghana.

Bien que Selys, qui l'a décrit, l'ait considéré comme une variété ou une race de Lepthemis sabina ("notre" Orthetrum sabina qui ne s'aventure en fait pas au-delà du Tchad, du Soudan et de l'Éthiopie) car il constatait peu de différences avec cette espèce, l'identification ne pose pas de problème.
Son abdomen est extrêmement fin (non dilaté à son extrémité), et plus long de 2 ou 3 millimètres que ses ailes. On pourrait le confondre avec O. angustiventre (que je n'ai jamais vu) ou O. trinacria ; mais aucun des deux ne présente ce spectaculaire rétrécissement de l'abdomen au niveau du S3 (Longfield, 1955).
Le plus proche pour Longfield (1955) est O. sagitta, très rare dont on ne trouve de photo que sur observation.org mais qui est absent du Ghana.
Pour Dijkstra, sur ADDO, on peut le confondre aussi avec O. saegeri (que je n'ai jamais vu) ou avec O. julia. Les principales différences sont le rétrécissement de l'abdomen en S3, rétrécissement par rapport au S2-S3 bulbeux et même par rapport aux segments suivants, et le labrum noir ("lèvre" supérieure).
Les deux bandes thoraciques claires restent présentes malgré le vieillissement et le thorax ne semble pas devenir pruineux.
Selon D' Andrea & Carfi (1997), la longueur de son abdomen atteint 38 mm, 28 à 30,5 mm pour Schmidt (1951), ce qui représente une étonnante variation et j'aurais plutôt tendance à croire les premiers auteurs.
Nous l'avons observé sur un étang fermé sur 3 côtés par la forêt, dans une zone où émergeaient de longues tiges sèches.
l'ADDO précise "eaux stagnantes et souvent temporaires, principalement dans les zones ouvertes en forêt".
Sa distribution couvre toute l'Afrique de l'Ouest et s'étend du Sénégal à l'est de l'Ouganda. Plus au sud, il atteint l'extrême nord de la République démocratique du Congo et de l'Angola.
IUCN Red List.
Étymologie Orthetrum africanum
Nommé Lepthemis africana par Selys, Kirby (1889) fait passer ce complexe dans le genre Orthetrum qu'il clarifie. C'est Ris en 1909 qui établit clairement une espèce distincte des sujets asiatiques et du nord-est de l'Afrique et installe la combinaison Orthetrum africanum.
Orthetrum (voir Endersby & Fliedner, 2015) vient de deux mots grecs, orthos signifiant droit et etron pour abdomen, ceci pour signifier que les côtés de l’abdomen sont parallèles. Ce nom de genre (neutre) créé par Newman en 1833 a perdu sa pertinence avec la découverte de nouvelles espèces (dont les côtés de l'abdomen ne sont pas parallèles), mais le nom est resté.
Africanum insiste sur l'origine africaine, camerounaise exactement, de l'espèce que détenait Selys, qui écrit :"Je possède des exemplaires de la côte occidentale d’Afrique (Camaroons)."
D' Andrea, M., & Carfi, S. (1997). Nuove raccolte di odonati del Camerun con note su Agriocnemis maclachlani Selys, 1877 edescrizione di Agriocnemis dissimilis sp. nov. e Trithemis osvaldae sp. nov. Atti Societa italiana Scienze naturali, 136, 157-190.
Endersby Ian & Fliedner Heinrich (2015). The Naming of Australia’s Dragonflies. Busybird publishing.
Schmidt, E. (1951). Libellen aus Portugiesisch Guinea, mit Bemerkungen über andere aethiopische Odonaten. Arquivos Museu Bocage, 20, 125-200.
Selys (1887). Odonates de l'Asie Mineure et révision de ceux des autres parties de la faune dite européenne. Première partie. Odonates de l'Asie Mineure. Annales Société entomologique de Belgique, 31, 1-49.