Orthetrum cancellatum : femelles émergentes 1/1

Après avoir passé 1 à 3 ans dans une mare ou une pièce d’eau très faiblement courante à évoluer par mues successives (autour d’une douzaine) il est temps pour l’Orthétrum réticulé de déployer ses ailes. Dans le sud de l’Europe l’espèce pourrait même être bivoltine (2 générations par an).
Tous les sujets de cette page ont certainement émergé le jour même où ils ont été photographiés.

Orthetrum cancellatum femelle émergente, Saint Rémy en Mauges (France-49), 13/05/2010Orthetrum cancellatum femelle émergente, Saint Rémy en Mauges (France-49), 13/05/2010

Ces 3 photos ont été faites dans le même lieu, sous un ciel gris, et j’ai souvent vu les Orthetrum cancellatum émerger au sein des touffes de joncs, à l’ombre, bien cachés des prédateurs et des observateurs…

On note l’aspect particulier des ailes, pas vraiment transparentes, et encore molles : le temps d’inactivité apparente qui suit l’émergence est d’ailleurs souvent considérée comme une période ou la cuticule et les ailes vont durcir pour se préparer au vol.

À la sortie de l’exuvie et dans les premiers moments après l’émergence, les anisoptères ont les ailes jointes, à la façon des zygoptères. De temps en temps on en voit, qui même après un premier vol, reprennent cette position quelques instants.

Orthetrum cancellatum femelle émergente, Saint Brévin les Pins (France-44), 28/05/2020
Orthetrum cancellatum femelle émergente, Saint Brévin les Pins (France-44), 28/05/2020

Et comme on le voit ci-dessus et ci-dessous, les ailes, après avoir été laiteuses ou légèrement colorées, deviennent brillantes et continuent à durcir.

Les couleurs vont progressivement s’affirmer, les contrastes se développer. Les yeux sont loin d’avoir leur couleur définitive et sont encore très clairs et laiteux.

Mais parfois l’émergence ne se déroule pas bien ; le vent peut secouer les individus sur les tiges et les faire tomber ou un prédateur peut se laisser tenter. Je ne sais pas ce qui est arrivé à cette femelle déjà un tout petit peu plus âgée, comme en témoigne ses yeux devenant marron, mais si son avenir n’est peut-être pas compromis, elle n’aura pas de descendance, car l’accouplement semble irréalisable. Son aile cassée n’est pas un problème, les odonates ont une telle technique et maîtrise du vol qu’on en voit voler et se nourrir même avec une aile complètement absente.

Orthetrum cancellatum femelle émergente, Arbigny (France-01), 09/05/2021
Orthetrum cancellatum femelle émergente, Arbigny (France-01), 09/05/2021

Platycnemis latipes : femelle émergente

Platycnemis latipes femelle émergente, Sort-en-Chalosse (France-40), 06/07/2020
Platycnemis latipes femelle émergente, Sort-en-Chalosse (France-40), 06/07/2020

C’est au bord du Luy, que j’ai observé cette très jeune femelle dans une de ses premières exhibitions aériennes ; je l’ai vu se poser mollement devant moi, montant de la rivière en contre-bas, terminant sans doute son premier vol. Elle a toutes caractéristiques d’un sujet émergent, encore peu colorée, les yeux laiteux et les ailes brillantes.
Cependant, les critères d’identification sont déjà présents : la coloration abdominale se limite aux derniers segments, la ligne inférieure de la double bande antéhumérale est faiblement marquée et les tibias moyens et postérieurs ne montrent qu’une très courte ligne noire supérieure.
Il faut toujours se méfier de la largeur des tibias : même si parfois ils sont larges de façon évidente, ils ne sont pas très souvent vus parfaitement de profil et apparaissent parfois aussi étroits que ceux de P. acutipennis ; il suffit de comparer la largeur respective des tibias moyens droit et gauche sur la photo ci-dessus !

Platycnemis latipes femelle émergente, Castelnau-de-Montmiral (France-81), 21/06/2021
Platycnemis latipes femelle émergente, Castelnau-de-Montmiral (France-81), 21/06/2021

Pour cette autre femelle au bord d’un des étangs de la base de loisirs de Vère-Grésigne la ligne inférieure de la double bande antéhumérale est carrément absente, ou plutôt encore absente. Je ne suis pas un spécialiste de l’espèce qui n’est pas présente dans la région où j’habite, mais je n’ai jamais lu qu’elle pouvait être complètement absente pour une adulte. D’ailleurs elle est très peu colorée et son abdomen ne porte presque aucune marque sombre.
C’est une femelle malicieuse qui fait croire que son large tibia postérieur porte une longue ligne sombre verticale : il n’en est rien, et on le constate en agrandissant l’image qu’il s’agit de la superposition des pattes gauche et droite.
Encore une fois on peut comparer la largeur relative des tibias moyens droit et gauche.

Libellula quadrimaculata femelle émergente 1/1

Libellula quadrimaculata femelle émergente, Beaupréau (France-49), 18/06/2009
Libellula quadrimaculata femelle émergente, Beaupréau (France-49), 18/06/2009

Cette très jeune femelle vient de faire son vol inaugural, depuis ma petite mare jusqu’à ces Orangers du Mexique qui en sont éloignés à peine de 2 mètres. C’est un support fréquemment adopté, car il est à l’abri du vent et en plein soleil à cette heure (13 heures 30).
Les ailes brillantes montrent une coloration diffuse sous les nodus et ptérostigmas, qui caractérise les sujets du type praenubila. On retrouve la même singularité sur la femelle ci-dessous :

Libellula quadrimaculata femelle émergente, Saint Rémy en Mauges (France-49), 14/05/2010
Libellula quadrimaculata femelle émergente, Saint Rémy en Mauges (France-49), 14/05/2010
Libellula quadrimaculata femelle émergente, Coligny (France-01), 08/05/2021
Libellula quadrimaculata femelle émergente, Coligny (France-01), 08/05/2021

Malheureusement tout ne se passe pas toujours aussi bien et si la femelle ci-dessus va décoller sans problème malgré une petite imperfection des ailes gauches, la dernière n’aura pas cette chance…

Libellula quadrimaculata femelle émergente, Coligny (France-01), 08/05/2021
Libellula quadrimaculata femelle émergente, Coligny (France-01), 08/05/2021

Il faut encore remarquer ici le cloisonnement des sacs aériens, à la fois sur le thorax et l’abdomen… Je ne connais pas d’autre espèce ou il est si visible à cet âge.
Ces sacs aériens semblent occuper une bonne partie de la face dorsale de l’abdomen et leur rôle mériterait certainement des investigations supplémentaires…

Libellula quadrimaculata femelle émergente, Coligny (France-01), 08/05/2021
Libellula quadrimaculata femelle émergente, Coligny (France-01), 08/05/2021

Car il ne s’agit pas de sacs aériens trachéaux et je n’ai jamais lu qu’ils sont en communication avec le système respiratoire des odonates… Sont-ils là simplement pour raidir la structure sans ajouter de poids ?
Certains leur ont attribués un rôle de sustentation ; exposés au soleil, ils allégeraient l’odonate, à la façon d’un ballon à air chaud. Il faudrait alors que la différence de température entre l’air ambiant et l’air contenu dans ces cellules soit importante, ce qui semble incompatible avec la survie même de l’insecte…