Orthetrum cancellatum : le crash !

J’ai observé plusieurs accouplements se former sur l’étang du Bois de Ham, ce 12 septembre 2021. Dire se former est un euphémisme, car il s’agit à chaque fois d’un rapt, le mâle tombant sur la femelle en train de pondre et l’entraînant dans les airs pour s’accoupler brièvement ou se posant pour consommer plus longuement la chose.
En principe tout se passe bien, façon de parler pour la femelle…. Mais ici mauvais paramètres de vol (la météo était excellente, bonne visibilité, très peu de vent 🙂 ), faute de pilotage, problème mécanique, mauvaise communication entre pilote et copilote, on ne le saura jamais, j’ai vu le couple s’abîmer dans les flots, assez loin de moi.

Orthetrum cancellatum tombés à l'eau, Étang du Bois de Ham (France-49), 12/09/2021
Orthetrum cancellatum tombés à l’eau, Étang du Bois de Ham (France-49), 12/09/2021

Cela n’a pas trop inquiété le mâle, pourtant affréteur et commandant de bord, qui à peine mouillé à redécollé aussitôt, abandonnant sa passagère à son triste sort. Je n’ai eu le temps que de la photo ci-dessus avant qu’il ne commette ce délit de fuite.

Orthetrum cancellatum tombés à l'eau, Étang du Bois de Ham (France-49), 12/09/2021
Orthetrum cancellatum tombés à l’eau, Étang du Bois de Ham (France-49), 12/09/2021

Pendant une dizaine de secondes la femelle a essayé de battre des ailes pour s’extraire de l’eau, sans succès. Puis elle s’est laissé flotter sans plus faire d’effort. Je me suis demandé si dans un élan odonatesque le mâle allait prendre ses responsabilités et venir la sauver ? Que nenni !

Orthetrum cancellatum tombés à l'eau, Étang du Bois de Ham (France-49), 12/09/2021
Orthetrum cancellatum tombés à l’eau, Étang du Bois de Ham (France-49), 12/09/2021

Le couard avait fui sans remords, sans doute occupé déjà par une autre conquête.
L’histoire ne se termine tout de même pas de façon tragique pour la femelle, car la voyant inerte, je me suis approché et j’ai glissé un doigt sous elle pour la soulever.
Elle s’est presque aussitôt envolée. Sans le moindre remerciement !

Orthetrum cancellatum femelles matures 1/1

Il est toujours difficile et arbitraire de classer les femelles des Libellulidae selon leur âge ; pour la plupart à la différence des mâles elles ne changent pas fondamentalement de couleur et si elles sont jaune vif quand elles sont jeunes, elles évolueront vers un jaune terne. Alors que les mâles passeront du jaune vif au noir et bleu…
Pour évaluer l’âge des femelles on peut s’aider de la couleur des yeux ; d’une couleur assez indéfinie, laiteuse, dans les instants qui suivent l’émergence, ils deviennent nettement marron au-dessus et jaunes en bas, puis progressivement verts.
Ci-dessous ces femelles sont en transition, les yeux encore laiteux, mais on note les nuances de marron au-dessus et de vert dans la partie inférieure.

Ces 2 autres femelles ont trouvé de bien plaisants supports (!) dans les chemins qui circulent entre les anciennes argilières du Fuilet ; ces zones d’extraction d’argile maintenant envahies d’eau sont devenues un des hauts lieux des odonates du Maine-et-Loire. Elles ont maintenant les yeux nettement bicolores, marron dans la partie supérieure et vert en dessous.

Orthetrum cancellatum femelle mature, Andrezé (France-49), 06/06/2015

Voici pour moi, et de façon subjective et arbitraire, des femelles matures, c’est-à-dire ni immatures, ni vieilles. La coloration jaune commence à se ternir légèrement, en particulier sur le thorax et ses yeux montrent un dégradé brun/vert/jaune

Le jaune ternit, les motifs noirs s’affadissent et ont des contours moins nets … ces femelles matures commencent à prendre de l’âge. Le cône terminal de l’abdomen, très clair, devient de plus en plus visible.

Sur ces 2 dernières photos on remarque comme les zones initialement noires deviennent plus claires ; elles se recouvrent d’une pulvérulence cireuse appelée pruine (comme ce qui recouvre les prunes !), mais cette pruinosité n’atteindra jamais le même développement que le chez les mâles dont l’abdomen devient partiellement bleu.

Noter également sur la femelle de droite l’aile antérieure gauche à laquelle il manque une large partie ; c’est une caractéristique fréquente des odonates qui prennent de l’âge que de présenter une voilure abimée. Ils ont alors connu de nombreuses aventures, survécu à des combats territoriaux, échappé à des mâles trop entreprenants ou sont parvenus à échapper à un prédateur…



Orthetrum cancellatum : femelles émergentes 1/1

Après avoir passé 1 à 3 ans dans une mare ou une pièce d’eau très faiblement courante à évoluer par mues successives (autour d’une douzaine) il est temps pour l’Orthétrum réticulé de déployer ses ailes. Dans le sud de l’Europe l’espèce pourrait même être bivoltine (2 générations par an).
Tous les sujets de cette page ont certainement émergé le jour même où ils ont été photographiés.

Orthetrum cancellatum femelle émergente, Saint Rémy en Mauges (France-49), 13/05/2010Orthetrum cancellatum femelle émergente, Saint Rémy en Mauges (France-49), 13/05/2010

Ces 3 photos ont été faites dans le même lieu, sous un ciel gris, et j’ai souvent vu les Orthetrum cancellatum émerger au sein des touffes de joncs, à l’ombre, bien cachés des prédateurs et des observateurs…

On note l’aspect particulier des ailes, pas vraiment transparentes, et encore molles : le temps d’inactivité apparente qui suit l’émergence est d’ailleurs souvent considérée comme une période ou la cuticule et les ailes vont durcir pour se préparer au vol.

À la sortie de l’exuvie et dans les premiers moments après l’émergence, les anisoptères ont les ailes jointes, à la façon des zygoptères. De temps en temps on en voit, qui même après un premier vol, reprennent cette position quelques instants.

Orthetrum cancellatum femelle émergente, Saint Brévin les Pins (France-44), 28/05/2020
Orthetrum cancellatum femelle émergente, Saint Brévin les Pins (France-44), 28/05/2020

Et comme on le voit ci-dessus et ci-dessous, les ailes, après avoir été laiteuses ou légèrement colorées, deviennent brillantes et continuent à durcir.

Les couleurs vont progressivement s’affirmer, les contrastes se développer. Les yeux sont loin d’avoir leur couleur définitive et sont encore très clairs et laiteux.

Mais parfois l’émergence ne se déroule pas bien ; le vent peut secouer les individus sur les tiges et les faire tomber ou un prédateur peut se laisser tenter. Je ne sais pas ce qui est arrivé à cette femelle déjà un tout petit peu plus âgée, comme en témoigne ses yeux devenant marron, mais si son avenir n’est peut-être pas compromis, elle n’aura pas de descendance, car l’accouplement semble irréalisable. Son aile cassée n’est pas un problème, les odonates ont une telle technique et maîtrise du vol qu’on en voit voler et se nourrir même avec une aile complètement absente.

Orthetrum cancellatum femelle émergente, Arbigny (France-01), 09/05/2021
Orthetrum cancellatum femelle émergente, Arbigny (France-01), 09/05/2021

Curiosité 3/4 : passager clandestin sur Orthetrum cancellatum femelle

Orthetrum cancellatum femelle portant Sarcophaga sp., Jallais (France-49), 18/07/2021
Orthetrum cancellatum femelle portant Sarcophaga sp., Jallais (France-49), 18/07/2021

Si c’est une curiosité, c’est aussi une surprise, car il est finalement très rare d’observer un diptère ou un autre insecte posé sur un odonate, en dehors d’un parasite. Et cela n’a rien d’étonnant, car ils n’ont rien à y faire 😉.
Il n’est pas possible d’identifier cette mouche jusqu’à l’espèce, mais c’est certainement un Sarcophaga sp., une de ces mouches qui pond ses œufs sur des cadavres d’animaux afin que les asticots s’en nourrissent.
Alors cette femelle Orthetrum cancellatum est certainement vieille, mais la traiter de cadavre est exagéré et irrespectueux 😀.


Orthetrum cancellatum : ponte 3/3

Orthetrum cancellatum mâle, Jallais (France-49), 18/07/2021
Orthetrum cancellatum mâle, Jallais (France-49), 18/07/2021

Il peut paraître étonnant de montrer un mâle dans un article consacré à la ponte ; il joue en effet un rôle important en protégeant la femelle pour éviter qu’elle ne soit harassée par d’autres mâles qui chercheraient à s’accoupler avec elle. En effet, les œufs des odonates sont fécondés au moment de la ponte et c’est la semence du dernier mâle s’étant accouplé qui se trouvera utilisée.

Noter sur ces photos la position des pattes antérieures repliées derrière la tête.

Orthetrum cancellatum mâle, Jallais (France-49), 18/07/2021
Orthetrum cancellatum mâle, Jallais (France-49), 18/07/2021

Le mâle trouve donc un intérêt fondamental à protéger la femelle, celui d’assurer sa descendance. Pour ce faire il reste à proximité immédiate, quelques dizaines de centimètres au-dessus d’elle, faisant des allers-retours interrompus de brèves séquences de vol plus ou moins stationnaire.

Orthetrum cancellatum mâle, Jallais (France-49), 18/07/2021

Mais sa patience a des limites et au bout de quelques instants, certain d’avoir assuré sa descendance, il reprend ses activités, c’est-à-dire essentiellement la recherche d’une femelle avec laquelle s’accoupler …
On remarque bien sûr la position des pattes moyennes et /ou postérieures sur ces photos ; il ne s’agit pas de la position de vol classique où elles sont normalement repliées le long du corps. Peut-être s’agit-il en cette occasion particulière d’une technique pour paraître plus grand, plus imposant pour décourager d’autres mâles qui voudraient interférer.