Sympetrum meridionale : émergence massive

Sympetrum meridionale, émergence massive, Marais du Grée (France-44), 11/07/2013
Sympetrum meridionale, émergence massive, Marais du Grée (France-44), 11/07/2013

Le 11 juillet 2013, c’est la première fois que je prospecte dans le marais du Grée, le long de la Loire, tout près d’Ancenis (44). Si je suis d’abord surpris de trouver de nombreux Sympetrum meridionale émergents, plus j’avance vers le coeur du marais plus leur nombre est considérable, certainement des dizaines de milliers, un spectacle incroyable, posés et en vol. Sur la photo d’un petit bout de fossé, ci-dessus, j’ai compté 65 individus (clic sur la photo !)

Sympetrum meridionale, émergence massive, Marais du Grée (France-44), 11/07/2013
Sympetrum meridionale, émergence massive, Marais du Grée (France-44), 11/07/2013

Il s’agit certainement d’une émergence massive et simultanée, les larves ayant rencontré des circonstances particulièrement favorables pour se développer et émerger.
Que ce soit au sol ou dans les airs le phénomène est spectaculaire et serait presque inquiétant pour ceux qui ne connaissent pas le caractère inoffensif des odonates, car mon approche déclenche des envols massifs et certains sujets viennent frôler mon visage.

Sympetrum meridionale, émergence massive, Marais du Grée (France-44), 11/07/2013
Sympetrum meridionale, émergence massive, Marais du Grée (France-44), 11/07/2013

Sympetrum meridionale : le mystère de l’aile brûlée 😱

Sympetrum meridionale mâle à l'aile abîmée, Marais du Logit (France-33), 14/08/2021
Sympetrum meridionale mâle à l’aile abîmée, Marais du Logit (France-33), 14/08/2021

Si on rencontre souvent des odonates aux ailes abimées, le plus souvent il s’agit d’encoche, de déchirures partielles, avec ou sans disparition d’une partie de l’aile. On voit aussi des amputations partielles, ou totales, et qui de façon étonnante ne semble pas trop nuire à la qualité de vol.
Mais il s’agit toujours d’actions mécaniques (prédateurs, accidents de vol…) qui ont pour résultat de couper les nervures.
Ici, c’est autre chose, très certainement un accident apparu dès l’émergence ; je ne dis pas que c’est l’émergence qui est responsable de cette malformation, mais de manière presque certaine on aurait pu la constater dès l’émergence. Soit, comme cela arrive parfois, l’aile est restée coincée dans le fourreau alaire alors que le reste de l’aile commençait son expansion, soit c’est une agénésie et le développement de cette partie de l’aile s’était arrêté au stade embryonnaire.

Sympetrum meridionale mâle à l'aile abîmée, Marais du Logit (France-33), 14/08/2021
Sympetrum meridionale mâle à l’aile abîmée, Marais du Logit (France-33), 14/08/2021

L’aile à son extrémité a pris un aspect de « plastique brûlé » formant une masse cicatricielle, qui en tout cas évite la fuite de l’hémolymphe ; les nervures sont en effet des tuyaux creux véhiculant l’hémolymphe (le terme anglais vein est bien mieux adapté) et il m’est arrivé d’observer des émergences où une aile « cassée » laissait fuir l’hémolymphe (le « sang » des odonates), translucide de couleur jaunâtre ou verdâtre, par les grosses nervures du bord costal.

Sympetrum vulgatum tandem 1/1

Sympetrum vulgatum tandem, lac de Lamoura (France-39), 27/08/2021
Sympetrum vulgatum tandem, lac de Lamoura (France-39), 27/08/2021

Les tandems (comme les accouplements…) sont l’occasion de comparer facilement mâles et femelles ; ils apparaissent finalement très proches, et en dehors de l’épaisseur de l’abdomen de la femelle, les couleurs sont seulement plus affirmées pour le mâle (indépendamment des pièces génitales et des appendices anaux…).
J’ai tout de même été surpris de voir les femelles si rouges, ce qu’on ne voit jamais pour S. striolatum dont les femelles ne montrent en vieillissant qu’une ligne rouge le long de la carène dorsale abdominale. N’ayant pas l’habitude d’observer cette espèce, je ne sais pas si cette forte coloration est commune.

Ce même jour j’ai vu plusieurs accouplements à proximité et je pense que ces sujets (2 couples différents) venaient aussi de s’accoupler, car je n’ai jamais pu observer de couples en ponte. En principe, pour les Sympetrum, la ponte suit aussitôt l’accouplement et le couple part pondre en tandem, le mâle laissant souvent la femelle continuer à pondre seule après quelques instants. Mais ici, je pense que le temps froid et capricieux, le soleil était fréquemment caché, a littéralement refroidi le couple qui attend un peu de chaleur pour poursuivre son œuvre.

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Sympetrum vulgatum femelle mature 1/1

Sympetrum vulgatum femelle mature, Lac de Rousses (France-39), 29/08/2021
Sympetrum vulgatum femelle mature, Lac de Rousses (France-39), 29/08/2021

J’ai cru que je n’arriverai pas à voir de femelles matures et j’ai dû m’écarter d’une cinquantaine de mètres de l’eau du lac des Rousses pour en surprendre une. Finalement sur 5 ou 6 séances de prospection, je n’en ai vu que 3, presque toutes posées sur la végétation typique de ces tourbières d’altitude, l’Airelle des Marais (vaccinium uliginosum).

Sympetrum vulgatum femelle mature, Lac de Rousses (France-39), 29/08/2021
Sympetrum vulgatum femelle mature, Lac de Rousses (France-39), 29/08/2021

On retrouve les caractéristiques qui permettent d’identifier les mâles : les pattes noires rayées postérieurement de clair, la face latérale du thorax à peu près unie, la forte larme noire sous les yeux et bien sûr, exclusivité des femelles, la lame vulvaire saillante, perpendiculaire à l’abdomen. Cette lame vulvaire est très visible et permet de séparer facilement ces femelles des autres femelles Sympetrum présentes.

Sympetrum vulgatum femelle mature, Lac de Rousses (France-39), 29/08/2021
Sympetrum vulgatum femelle mature, Lac de Rousses (France-39), 29/08/2021

Si elles sont globalement bien moins rouges que les mâles elles le sont certainement beaucoup plus que les femelles S. striolatum avec lesquelles on peut les confondre. Quand elles vieillissent, leur thorax, ainsi que la face postérieure des leurs pattes présente également une coloration rosée qu’on ne retrouve pas chez S. striolatum.

Sympetrum vulgatum femelle mature, Lac de Rousses (France-39), 29/08/2021
Sympetrum vulgatum femelle mature, Lac de Rousses (France-39), 29/08/2021

On retrouve pour ces femelles ce critère qui permet de les séparer de S. striolatum (mais pas de S. sanguineum !) sur une vue strictement dorsale, quand aucun autre critère n’est visible : toutes les insertions alaires sont rouges, pas seulement les antérieures comme pour S. striolatum.
Noter la lame vulvaire qui apparaît sous l’abdomen de la photo ci-dessous, à gauche.

Si l’on trouve ces femelles à distance des lacs ou des étangs, c’est qu’en dehors des périodes de ponte, elles viennent trouver le calme à distance des mâles qui restent près de l’eau à se faire la guerre pour défendre leur territoire. Dès qu’elles approchent, elles sont harcelées par les mâles qui n’auront de cesse que de s’accoupler et d’accompagner ces dames à la ponte…

J’aurais aimé voir ces femelles plus souvent posées sur ce type de support fleuri : les Callunes, ces fausses bruyères, sont très abondantes sur les tourbières du lac et vont très bien au teint de cette femelle, celle-ci étant certainement un peu plus jeune que les autres montrées sur cette page.

Sympetrum vulgatum femelle mature, lac des Rousses (France-39), 01/09/2021
Sympetrum vulgatum femelle mature, lac des Rousses (France-39), 01/09/2021

J’ai eu l’impression d’avoir beaucoup de difficultés à approcher ces femelles. Sans doute parce qu’elles étaient rares et isolées ; en effet on s’aperçoit souvent que moins il y a d’odonates, plus ils sont difficiles à approcher…

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Sympetrum vulgatum mâle 1/2 : identification différentielle

Sympetrum vulgatum mâle mature, lac de Lamoura (France-35), alt. 1156 m, 26/08/2021
Sympetrum vulgatum mâle mature, lac de Lamoura (France-35), alt. 1156 m, 26/08/2021

C’est le plus haut lac du Jura, le lac de Lamoura, qui m’a donné la possibilité de photographier le Sympetrum vulgaire dans de bonnes conditions, des conditions qui permettent de bien observer les critères d’identification qui le séparent des autres Sympetrum.
L’association des pattes noires rayées postérieurement d’une bande claire (jaune ou rougeâtre), de fortes larmes noires sous les yeux et d’un thorax « à la Sympetrum striolatum » en beaucoup plus terne et moins contrasté doit suffire à l’identifier.

Sympetrum vulgatum mâle mature, lac de Lamoura (France-35), alt. 1156 m, 26/08/2021
Sympetrum vulgatum mâle mature, lac de Lamoura (France-35), alt. 1156 m, 26/08/2021

Si on le compare justement avec S. striolatum : ce dernier n’a pas de larme sous les yeux, mais un thorax montrant une nette alternance rouge/jaune/rouge et ses insertions alaires postérieures ne sont pas rouges (dernier détail très utile pour identifier le sujet ci-dessus, même si je n’ai pas rencontré S. striolatum dans le Jura).

Sympetrum vulgatum mâle mature, lac de Lamoura (France-35), alt. 1156 m, 26/08/2021
Sympetrum vulgatum mâle mature, lac de Lamoura (France-35), alt. 1156 m, 26/08/2021

Si on le compare à S. meridionale : le sujet ci-dessus, pour ses pattes claires peut y faire penser, mais ce Sympetrum que je n’ai pas rencontré non plus durant cette prospection n’a pas de larme sous les yeux, et le fameux point qu’il présente sur le thorax ou l’absence de marques noires sur S8-S9 l’élimine facilement.

Sympetrum vulgatum mâle mature, lac de Lamoura (France-35), alt. 1156 m, 26/08/2021
Sympetrum vulgatum mâle mature, lac de Lamoura (France-35), alt. 1156 m, 26/08/2021

Pour ses pattes rayées d’une bande claire et ses larmes sous les yeux S. fonscolombii peut tenter de faire illusion. Mais la base bleue des yeux est absente pour S. vulgatum, la coloration rouge des veines principales très limitée, les ptérostigmas ne présentent pas de forte marges noires et les marques sur la face supérieure (et latérale) de S8-S9 sont plus discrètes.

Sympetrum vulgatum mâle mature, lac des Mortes (France-25), alt. 1100 m, 28/08/2021
Sympetrum vulgatum mâle mature, lac des Mortes (France-25), alt. 1100 m, 28/08/2021

Si on ne voit pas correctement les pattes, toutes noires pour S. sanguineum (ce qui le disqualifie instantanément) la ressemblance peut être troublante, d’autant qu’il était présent sur les sites ou j’ai rencontré S. vulgatum. S. sanguineum montre également une larme sous les yeux, toutes ses insertions alaires sont rouges aussi, mais son abdomen est nettement plus dilaté distalement, il est rouge très vif (S. vulgatum est rouge brique, plus proche de S. striolatum ou de S. meridionale) avec un thorax brun parfois marqué de jaune dans ses parties inférieures quand il n’est pas trop vieux et montre en principe une tache alaire basale ambrée sur l’aile postérieure.
Je dois reconnaître que pour son thorax, à distance, S. sanguineum m’a posé des problèmes pour les sujets bien matures qui perdent la coloration claire sur les faces latérales du thorax.
L’autre Sympetrum présent sur ces lacs jurassiens était S. danae dont l’habitus totalement différent ne présente aucun risque de confusion.

Sympetrum vulgatum mâle mature, lac de Lamoura (France-35), alt. 1156 m, 26/08/2021
Sympetrum vulgatum mâle mature, lac de Lamoura (France-35), alt. 1156 m, 26/08/2021

Un dernier Sympetrum que l’on rencontre éventuellement en altitude exhibe des pattes rayées de jaune, S. flaveolum, mais ses larges taches alaires ambrées sont immanquables.
Enfin S. depressiusculum avec ses larmes noires et S. pedemontanum ont les pattes noires : le premier est très rare et montre des triangles noirs caractéristiques sur l’abdomen. Le second porte de magnifiques bandes alaires.