Coenagrion mercuriale: curiosité

Coenagrion mercuriale mâle atypique, Avallon (France - 89), 17/07/2020
Coenagrion mercuriale mâle atypique, Avallon (France – 89), 17/07/2020

Le 17 juillet 2020 je me suis rendu sur le ruisseau de Grenouille, près d’Avallon, pour y découvrir Coenagrion ornatum. Le temps est vraiment moyen, alternance de nuages et de rares éclaircies, alors qu’il a plut dans la nuit.
Je n’ai jamais vu Coenagrion ornatum, je sais qu’il ressemble et partage le biotope de C. mercuriale, aussi quand j’ai aperçu ce sujet mon cœur s’est accéléré.

Coenagrion mercuriale mâle atypique, Avallon (France - 89), 17/07/2020
Coenagrion mercuriale mâle atypique, Avallon (France – 89), 17/07/2020

Les taches postoculaires sont noircies, les bandes antéhumérales sont assombries comme un C. pulchellum, le S2 (deuxième segment abdominal) ne ressemble … à rien et les segments abdominaux sont également noircis de traces inhabituelles.

Coenagrion mercuriale mâle atypique, Avallon (France - 89), 17/07/2020
Coenagrion mercuriale mâle atypique, Avallon (France – 89), 17/07/2020

Mais quand un nuage épais m’a permis de regarder correctement mon écran j’ai vérifié le pronotum et … malheureusement je le connais bien, c’est celui d’un mâle Coenagrion mercuriale. Les appendices anaux viennent confirmer l’identification; les cerques et cercoïdes sont à peu près de même longueur alors que les cercoïdes de C. ornatum sont très très courts…
On note que le classique symbole de mercure, sur le S2, est brisé.
Il s’agit donc simplement d’un mâle Coenagrion mercuriale inhabituellement sombre.


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Patycnemis latipes: transfert du sperme et accouplement

Platycnemis latipes accouplement - transfert du sperme, Castelnau de Montmirail (France - 81), 18/07/2019
Platycnemis latipes accouplement – transfert du sperme, Castelnau de Montmirail (France – 81), 18/07/2019

Préalablement à l’accouplement proprement dit les odonates mâles se livrent à une étonnante gymnastique. Le sperme du mâle est issu à l’extrémité de son abdomen, au niveau du 9° segment, mais il est utilisé au niveau du 2° segment, là où se trouve les pièces génitales mâles, qui s’apparieront avec celles de la femelle.
Le mâle doit donc transférer son liquide séminal depuis le 9° segment vers sa vésicule séminale, sous la limite du 2° et 3° segment. Et il choisit très souvent de le faire juste après avoir capturé une femelle.

L’appariement des pièces copulatrices se déroulent ensuite avec plus ou moins d’adresse et de tâtonnements…

Platycnemis latipes accouplement, Castelnau de Montmirail (France - 81), 18/07/2019
Platycnemis latipes accouplement, Castelnau de Montmirail (France – 81), 18/07/2019
Platycnemis latipes accouplement, Castelnau de Montmirail (France - 81), 18/07/2019
Platycnemis latipes accouplement, Castelnau de Montmirail (France – 81), 18/07/2019

Lorsque l’appariement est constitué c’est à dire lorsque le pénis du mâle est introduit dans le pore génital de la femelle on peut voir le couple se livre à des mouvements parfois décrit comme une sorte de pompage qui permettent au mâle de repousser ou d’éliminer partiellement le sperme des partenaires précédents de la bourse et / ou de la spermathèque. Ensuite seulement le sperme contenu dans la vésicule séminale sous forme de paquets collants glissera le long du pénis (non pas à l’intérieur car les 2 organes sont en contact et non en continuité chez les zygoptères) pour atteindre les espaces de stockage de la femelle.

Platycnemis latipes accouplement, Castelnau de Montmirail (France - 81), 18/07/2019
Platycnemis latipes accouplement, Castelnau de Montmirail (France – 81), 18/07/2019

Si on a maintenant la preuve que les odonates ne sont pas la seule famille ou les mâles sont capables de déplacer le sperme des partenaires précédents ce sont les seuls que la nature a contraint à se livrer à cette surprenante acrobatie.


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Lestes macrostigma: tandem 2/2

Lestes macrostigma tandems, France (Vendée - 85), 02/06/2020
Lestes macrostigma tandems, France (Vendée – 85), 02/06/2020

C’est un spectacle insolite qui m’attend ce 2 juin 2020 sur cette mare vendéenne où je suis venu rencontrer, comme tous les ans, les Lestes macrostigmas.
J’ai d’abord été surpris d’en rencontrer sur le chemin bordé d’un chenal qui mène à cette mare, à une centaine de mètres, ce qui ne m’était jamais arrivé; quelques individus isolés et des tandems qui s’envolent dès que l’on approche.
Mais plus on avance dans cette grande mare d’une centaine de mètres de long sur une vingtaine de large, plus ils sont nombreux.

Lestes macrostigma tandems, France (Vendée - 85), 02/06/2020
Lestes macrostigma tandems, France (Vendée – 85), 02/06/2020

Ils sont en fait incroyablement nombreux dans les scirpes qui bordent cette grande mare, mais quasi exclusivement en tandem, de très rares individus isolés et 4 ou 5 accouplements aperçus. Et ce petit monde reste en tandem sans rien faire d’autre, sans chercher à s’accoupler ou à pondre, sauf s’envoler quand on les approche à 3 mètres.
Curieux comportement collectif auquel je ne connais pas d’explication. Les conditions étaient pourtant excellentes, environ 25°C , très ensoleillé avec un vent modéré.
D’autant que lorsque l’on rencontre d’importantes colonies ils sont en général plus faciles à approcher que lorsqu’ils ne sont que quelques uns.

Lestes macrostigma tandems, France (Vendée - 85), 02/06/2020
Lestes macrostigma tandems, France (Vendée – 85), 02/06/2020

Je n’avais jamais vu de telle concentration de zygoptères posés, sauf une fois, il y a une douzaine d’années, ou j’avais contemplé des milliers d’Enallagma cyathigerum sur une mare du Maine et Loire.
Pour les anisoptères j’ai assisté à une émergence massive de milliers de Sympetrum meridionale dans le marais d’Ancenis (44) en 2013, et dans une moindre mesure a un rassemblement important de Pantala flavescens au Vietnam en 2018.
Il y a évidemment eu ici des conditions favorables à une bonne survie des larves et a une émergence massive, et on connaît leur tendance modérée à la dispersion, montrée par le fait que les rares mares à scirpes du marais (rouchères) ne sont pas colonisées, ou très faiblement et épisodiquement.
Les scirpes de cette mare sont en principe entretenus dans un but de sauvegarde, mais n’ont pas été fauchés depuis 2 ans m’a-t’on déclaré sur place; il y a sans aucun doute un rapport direct expliquant ce nombre étonnant de sujets puisqu’on sait que les femelles pondent dans les tiges de Scirpus maritimus, à environ 10 cm de la surface de l’eau, et à 15 cm de la surface en moyenne pour Juncus maritimus (1 ). Mais la coupe permet une densification de la plante.

Lestes macrostigma tandem, France (Vendée - 85), 02/06/2020
Lestes macrostigma tandem, France (Vendée – 85), 02/06/2020

Alors combien sont-ils sur cette mare; j’en ai vu sans doute environ 500, ils sont sans doute 1500 ou 2000 car je n’ai parcouru qu’environ 1/4 ou 1/3 des berges. S’il n’y a pas d’inquiétude immédiate pour cette population très localisée, à moyen terme la disparition de son habitat par la disparition progressive des rouchères est très inquiétante.
Il n’a sans doute pas localement d’intérêt économique à replanter et entretenir des scirpaies, alors que curieusement la demande pour créer ou entretenir les toits de chaume est forte.


-1- Ovipositor morphology and egg laying behaviour in the dragonfly Lestes macrostigma (Zygoptera: Lestidae), Natalia A. Matushkinaa and Philippe H. Lambret, International Journal of Odonatology, Vol. 14, No. 1, March 2011, 69–82.




Platycnemis pennipes femelle : curiosité

Platycnemis pennipes femelle portant des épines mésothoraciques, Andrezé (France - 49), 06/06/2015
Platycnemis pennipes femelle portant des épines mésothoraciques, Andrezé (France – 49), 06/06/2015

Le 6 juin 2015 lorsque j’ai aperçu cette jeune femelle j’ai d’abord pensé qu’il s’agissait de Platycnemis acutipennis en raison de sa coloration assez foncée. A ce moment j’étais intéressé par des photos précises en vue postérieure afin de vérifier si toutes les femelles P. acutipennis portaient bien des dents latérales sur le bord postérieur de leur pronotum.
Celle-ci n’en porte pas, ce n’est donc pas une femelle P. acutipennis (ni P. latipes d’ailleurs absent de cette zone géographique) mais pennipes. L’identification est confirmée également par la largeur des tibias postérieurs comme on peut le constater sur la dernière photo de cette page.
Mais la surprise a été de trouver 2 autres épines totalement inattendues et à ma connaissance jamais décrites dans la littérature; 2 épines symétriques à la partie toute antérieure du mésothorax:

Platycnemis pennipes femelle portant des épines mésothoraciques, Andrezé (France - 49), 06/06/2015
Platycnemis pennipes femelle portant des épines mésothoraciques, Andrezé (France – 49), 06/06/2015

Evidemment pour les voir correctement il faut cliquer sur la photo…
J’ai donc examiné toutes mes photos de Platycnemis pennipes sans trouver d’autre exemple de ces épines, sauf peut-être sur un seul autre sujet dont l’image est beaucoup moins bonne.
Ce sujet a été photographié dans une zone proche de mon domicile mais que je n’ai prospecté qu’une ou 2 fois, et je ne sais pas si on peut y trouver d’autres sujets identiques. J’y retournerai prochainement…
Je n’ai aucune hypothèse crédible pour expliquer ces dents thoraciques symétriques; variation individuelle ou variante de l’espèce; mais qui s’amuse à regarder minutieusement tous les mésothorax des femelles Platycnemis pennipes sur une vue postérieure 🙂 ?

Platycnemis pennipes femelle portant des épines mésothoraciques, Andrezé (France - 49), 06/06/2015
Platycnemis pennipes femelle portant des épines mésothoraciques, Andrezé (France – 49), 06/06/2015