
Africallagma subtile mâle est une surprise car l’espèce n’était pas encore connue du Ghana, où l’on ne connaissait que A. glaucum (ici en Afrique du Sud) et A. vaginale, que je n’ai jamais rencontrée, qui est encore plus rare, apparemment verte, et dont le S8 est au 2/3 noir, seulement un tiers distal porte un motif bleu bien particulier (ici S8 est presque entièrement clair ou « non noir »).
Il s’agit ici de la forme « pâle » de Africallagma subtile mâle, car il existe une forme sombre ; je ne sais pas si ces formes apparaissent en fonction de la saison ou de la géographie.
J’avais rencontré la forme claire de la femelle Africallagma subtile en Namibie.

Bien sûr, il vaut mieux se fier aux appendices anaux qu’à des répartitions de couleurs susceptibles de connaître des variations individuelles. On trouve un dessin de ces appendices dans Ris (1921) ou sur le site aujourd’hui hors ligne de l’ADDO (African Dragonflies & Damselflies Online), mais que l’on peut atteindre souvent avec Web.archive.org.
Même si la photo que j’ai faite de ces appendices anaux n’est pas un vrai profil, on note la similarité de forme des paraproctes (appendices inférieurs).


Ris nous dit que son abdomen mesure 25 mm, il atteint donc une longueur totale d’un peu plus de 30 mm, pour une aile postérieure de 15 mm.
Nous l’avons rencontré vers 8 heures 50, alors que nous parcourions un sentier forestier, à la recherche de Gynacantha perchés pour la journée ; je me suis aventuré sur les côtés du sentier à plusieurs reprises, dès que la forêt était moins dense, et c’est là que je l’ai surpris.
K-D. Dijkstra, sur ADDO précise qu’il fréquente les « eaux stagnantes et souvent temporaires en paysage ouvert, zones ouvertes en forêt ou ombragées par une forêt-galerie. Souvent avec de la végétation émergente et généralement aquatique. »

On le rencontre du Sénégal à l’Éthiopie au nord, sa présence n’est pas prouvée au Gabon et aux Congo, il se limite au sud, au nord de la Namibie, au nord du Botswana et au sud du Mozambique, sans atteindre l’Afrique du Sud. Sur la carte de l’IUCN, on voit qu’il est « soupçonné » dans un certain nombre de pays, dont le Ghana ; il n’est donc pas si étonnant de l’y avoir trouvé, même s’il ne s’agit que d’un seul individu.
Il est rarement vu. Avant notre prospection, il n’y avait que 7 ou 8 observations différentes de l’espèce sur iNaturalist depuis 2019.

Étymologie Africallagma subtile (Fliedner, 2021)
Africallagma est composé d’une référence au continent africain et de Enallagma, du grec enallax – alterné, se succédant et agma – fragment, qui pourrait évoquer l’alternance de marques bleues et noires du thorax.
Charpentier a imaginé le terme Enallagma comme « changeant » ou peut-être « variant », pour regrouper tous les Coenagrionidae européens pour lesquels la coloration de l’abdomen des mâles est bleue avec des marques noires, c’est-à-dire l’actuel espèce Enallagma mais aussi les Coenagrion et Erythromma lindenii. Il voulait que le nom soit compris comme « à risque de confusion » en raison de la similarité des espèces.
Subtile, du latin subtilis, signifiant fin, mince, délicat. Ris écrit : » Abdomen très mince… ».
Les Anglo-saxons l’appellent Fragile bluet.
Dijkstra, K.-D.B (editor ADDO), 2023 – African Dragonflies and Damselflies (ADDO) – [Le lien peut ne pas fonctionner ; lien web.archive à partir du site ADDO, maintenant hors ligne.]
Fliedner, 2021 – The scientific names of Ris’ odonate taxa – Journal of the International Dragonfly Fund
Ris,1921 – The Odonata or Dragonflies of South Africa. Annals South African Museum, XVIII, 245-452, p. 332.