

Je n’ai pas immédiatement reconnu sous cet angle un Oxygastra curtisii mâle émergent. Pour l’apercevoir, il fallait se pencher au-dessus de l’eau, juste à droite de la trouée dans la végétation de la berge. Il était posté 20 cm au-dessus de l’eau sur un rameau d’un arbuste mort de la berge, qui, coudé, ressortait de l’eau à 30 cm de la rive. À cet endroit, l’eau est encore plus immobile qu’ailleurs en raison des déchets végétaux accumulés par le vent.
Je suis passé, puis repassé devant cette scène sans noter d’évolution.
J’ai donc tenté de me saisir de la branchette sans faire tomber son résident.

Le transfert s’est passé sans incident et j’ai d’abord enfoncé le rameau au soleil, essayant de rendre service à cet odonate (mais il fait tout de même plus de 30 °C). Lors du mouvement qui l’a tout de même secoué un peu, il a réajusté sa position sur la branche à plusieurs reprises.
Bien sûr, dès la première photo, l’identification est aisée en raison des traits jaunes de la face dorsale de l’abdomen. Il est couvert de débris végétaux, et on remarque bien sûr l’absence de son exuvie et sa coloration très affirmée, même si ses yeux ont cette étonnante couleur mauve des immatures.

Aussi, je pense que même s’il n’a jamais volé, il n’a pas émergé sur cette branchette ; j’imagine plutôt qu’un facteur extérieur quelconque l’a fait tomber dans l’eau alors qu’il était sans doute encore incapable de voler et qu’il a dû nager, se couvrant de débris divers, jusqu’à ce rameau.
Malheureusement les ailes encore jointes se sont collées avec l’eau qui s’est infiltrée entre elles. J’ai réussi à décoller les ailes droites des ailes gauches, mais les paires restantes m’ont semblé impossibles à séparer sans les déchirer.
Je suis repassé une heure plus tard faire une dernière photo, il n’avait pas évolué ; je l’ai mis à l’abri dans l’ombre claire de la végétation…
Le fait de trouver un Oxygastra curtisii en fin d’émergence vers 14 heures, comme c’est le cas ici, était de toute façon un très mauvais signe ; les émergences se produisent exclusivement la nuit et l’envol avant l’aube (Maingeot et al., 2015).
L’étang de cette base de loisirs est un lieu bien fréquenté par les odonatologues du Tarn ; ce n’est pourtant apparemment que la quatrième fois que Oxygastra curtisii y est enregistré.

Maingeot, Motte & Goffard, 2015 – Première étude de l’émergence de la Cordulie à corps fin (Oxygastra curtisii) le long de l’Ourthe – Les Naturalistes Belges, volume 96, 3-4.