Aeshna cyanea mâle : destin tragique

Aeshna cyanea mâle, Beaupréau en Mauges (France-49), 15/09/2018
Aeshna cyanea mâle, Beaupréau en Mauges (France-49), 15/09/2018

Le 15 septembre 2018 mon épouse m’a signalé le comportement bizarre d’une libellule devant la maison. Elle montrait un parcours erratique se posant à peine une seconde sur l’herbe ou les gravillons, pour aussitôt redécoller, monter à 2 ou 3 mètres parfois avant de retomber. Tout cela était très rapide et impossible à identifier depuis la maison.
J’ai pu m’approcher et surprendre cette pauvre Aeschne bleue posé sur le dos…

Son abdomen était amputé au niveau du 3° segment rendant le vol impossible en raison du déséquilibre induit.
Je me suis alors souvenu que 48 heures auparavant vers 7 heures 30 j’avais eu la surprise d’entendre puis de voir une libellule se cogner au moins 5 ou 6 fois dans une baie vitrée du salon, puis dans une autre. J’avais alors ouvert les 2 baies complètement afin d’essayer de la laisser rentrer et de l’identifier. Je ne l’avais pas revue et je n’avais surtout pas cherché par terre…
J’avais été surpris par le comportement parce qu’il arrive que les libellules se heurtent dans les baies vitrées mais elles ne recommencent pas. Surpris aussi par le fait qu’une libellule était déjà active à cette heure alors qu’il faisait certes beau mais à peine 12 °c.

Aeshna cyanea mâle, Beaupréau en Mauges (France-49), 15/09/2018
Aeshna cyanea mâle, Beaupréau en Mauges (France-49), 15/09/2018

Comme elle ne bougeait plus je me suis décidé à la capturer pour essayer de comprendre ce qu’il lui était arrivé. J’ai été étonné de constater que ce qui restait de l’abdomen semblait un peu replié sur lui-même et paraissait en quelque sorte cicatrisé. Pour compléter l’inventaire, il lui manquait 3 pattes.

Aeshna cyanea mâle, Beaupréau en Mauges (France-49), 15/09/2018
Aeshna cyanea mâle, Beaupréau en Mauges (France-49), 15/09/2018

C’est donc vraisemblablement une libellule encore jeune, mais mature de par sa coloration qui a été victime d’un prédateur et a réussi à s’en dégager. Ce qui est étonnant est qu’elle ait réussi à survivre ainsi au moins 48 heures sans se nourrir et à la merci du moindre prédateur.

Aeshna cyanea mâle, Beaupréau en Mauges (France-49), 15/09/2018
Aeshna cyanea mâle, Beaupréau en Mauges (France-49), 15/09/2018

Je me suis résolu à la sacrifier et j’ai tout récemment essayé de refaire des photos de son abdomen ; malheureusement la cuticule s’est dégradée et les photos ne permettent pas de comprendre mieux comme est replié son abdomen. Cette photo permet simplement d’apercevoir un des hamuli, ces crochets dans la partie toute antérieure de la fosse génitale qui verrouillent les pièces génitales femelles lors de l’accouplement.

Aeshna cyanea mâle, Beaupréau en Mauges (France-49), 19/04/2021
Aeshna cyanea mâle, Beaupréau en Mauges (France-49), 19/04/2021

Curiosité : un Platycnemis pennipes à caractères de P. latipes

Platycnemis pennipes mâle, Villemur-sur-Tarn, 17/07/2019
Platycnemis pennipes mâle, Villemur-sur-Tarn, 17/07/2019

Sur les bords du Tarn j’avais au moins 2 objectifs ; faire des photos de Trithemis annulata mais aussi de Platycnemis latipes car c’est une espèce que j’ai peu vue puisqu’elle n’est pas présente dans ma région.
Aussi quand j’ai fait cette photo (et d’autres que j’ai malheureusement supprimées) je n’ai pas pensé à Platycnemis pennipes, les pattes m’en avaient spontanément dissuadé. Ce n’est qu’il y a quelques jours, revenant sur mes photos de P. latipes, que je me suis aperçu de mon erreur assez grossière ; la face dorsale de l’abdomen est parcouru de noir sur toute sa longueur et non uniquement sur les derniers segments.
J’ai donc essayé de mieux voir les appendices anaux pour avoir une certitude:

Platycnemis pennipes mâle, Villemur-sur-Tarn, 17/07/2019
Platycnemis pennipes mâle, Villemur-sur-Tarn, 17/07/2019

Et il n’y a aucun doute, en cliquant sur la photo on distingue le lobe supérieur du cercoïde droit très près de son extrémité alors que le lobe supérieur de P. latipes en est nettement plus éloigné.
Mais les pattes ! Trop larges pour P. pennipes. De plus le tibia postérieur ne montre aucune ligne sombre sur sa crête médiane, le tibia moyen juste une ébauche de ligne exactement ce que l’on observe pour P. latipes. Même la ligne noire du tibia antérieur n’est pas complète.
On remarque également que les ailes sont courtes et n’atteignent pas le 7° segment abdominal ce qui est également un caractère de P. latipes ; ce n’est pas un critère d’identification absolu mais il est rare que les ailes atteignent ce segment (je n’ai pas de telles photos !) alors que les ailes de P. pennipes, plus longues débordent presque toujours sur ce segment (je n’ai qu’une seule photo montrant l’inverse, sur environ 200 sujets).

Que peut-on en conclure ? Rien sans doute…
Les hybridations de Platycnemis pennipes et latipes ne sont pas connues, il n’y en a aucune trace dans la littérature.
Un simple accident génétique qui ferait tomber ce sujet pile dans  la case P. latipes ?
Un ami s’amuse à supposer que ces 2 Platycnemis ont un ancêtre commun (ce qui est certainement exact, mais je ne connais pas la phylogénie des Platycnemis) ou qu’elles ne se sont séparées que récemment et que d’une façon ou d’une autre, le caractère « pattes larges non marquées » supposé récessif serait ici réapparu pour une raison quelconque. Et pourquoi pas ?   😎 
Si les lecteurs ont des idées…

Orthetrum cancellatum femelle : même pas mal ! 2/4

Orthetrum cancellatum femelle, Saint Brévin les Pins (France-44), 28/05/2020
Orthetrum cancellatum femelle, Saint Brévin les Pins (France-44), 28/05/2020

Lorsque j’ai observé cette très jeune femelle sur le Canal du Bodon à Saint Brévin les Pins, je ne me suis pas tout de suite rendu compte que son aile postérieure gauche était aussi abimée. Aussi pour mieux voir l’étendu des dégâts j’en ai fait le tour, et j’ai constaté l’importance de la malformation, certainement un problème lors de l’émergence comme cela arrive assez souvent.
Sur ce plan ci-dessous on voit comme elle est jeune, avec ses ailes encore brillantes, mais cependant déjà bien colorée ; une très jeune femelle qu’on ne peut plus qualifier d’émergente.

Orthetrum cancellatum femelle, Saint Brévin les Pins (France-44), 28/05/2020
Orthetrum cancellatum femelle, Saint Brévin les Pins (France-44), 28/05/2020

Je l’imaginais condamnée, incapable de parvenir à capturer des proies pour se nourrir.
J’ai pensé que mon insistance à vouloir faire des photos de son aile atrophiée avait eu raison de sa patience et elle a décollé sur quelque mètres.
Je l’ai suivie et la photo ci-dessous montre pourquoi elle a fait ce petit vol ; pas pour me fuir mais pour capturer une proie qu’elle est déjà en train de savourer !

Orthetrum cancellatum femelle, Saint Brévin les Pins (France-44), 28/05/2020
Orthetrum cancellatum femelle, Saint Brévin les Pins (France-44), 28/05/2020

Cela signifie que son système nerveux de contrôle du vol est capable de prendre en compte cette grave anomalie et d’y remédier pour assurer un vol de qualité correcte ; on sait que les odonates sont capable de gérer indépendamment les mouvements de chaque aile.
Les observateurs sont souvent surpris de voir les performances de vol des odonates et leurs acrobaties avec 4 ailes ; ils sont aussi très doués avec les ailes vieillissantes, déchirées, rognées ou pliées, comme on les rencontre en fin de saison, ou même avec seulement 3 ailes, comme je l’avais constaté en Namibie sur un mâle Trithemis annulata.

Onychogomphus forcipatus : les « pinces » ouvertes !

Onychogomphus forcipatus mâle montrant sa "pince" ouverte, Langogne (France-48), 13/07/2020
Onychogomphus forcipatus mâle montrant sa « pince » ouverte, Langogne (France-48), 13/07/2020

Voilà une quinzaine d’années que je photographie Onychogomphus forcipatus, l’Onychogomphe à pinces, et c’est pour moi une vraie curiosité que d’en trouver un avec la pince ouverte.
Ci-dessous on observe les appendices anaux supérieurs ouverts, les cercoïdes, ils sont normalement jointifs ; ce sont eux qui lors de l’accouplement se glissent derrière la tête de la femelle alors que la lame supra anale vient prendre appui entre les deux yeux et même sur le front.

Onychogomphus forcipatus mâle montrant sa "pince" ouverte, Langogne (France-48), 13/07/2020
Onychogomphus forcipatus mâle montrant sa « pince » ouverte, Langogne (France-48), 13/07/2020

Sur la photo ci-dessous on voit très bien la lame supra anale, appendice inférieur, terminée par une petite dent, caractéristique par sa forme, et qui permet de différencier cet Onychogomphus forcipatus forcipatus de son presque jumeau Onychogomphus forcipatus unguiculatus pour lequel elle est oblique en avant.

Onychogomphus forcipatus mâle montrant sa "pince" ouverte, Langogne (France-48), 13/07/2020
Onychogomphus forcipatus mâle montrant sa « pince » ouverte, Langogne (France-48), 13/07/2020

Aeshna mixta – curiosités 2/2 : humidité dans les sacs aériens

Sur cette page lorsque je parle des sacs aériens des libellules j’entends ceux que l’on peut voir à travers la cuticule des odonates sous forme d’espaces cloisonnés. Il en existe d’autres, profonds, qui participent à la respiration trachéale, ce qui n’est pas le cas de ces sacs visibles à travers la transparence de la cuticule.

Le 20 septembre 2008 j’ai eu la chance d’observer un mâle Aeshna mixta dans mon jardin, posé sur une ronce. J’ai fait de nombreuses photos car il s’est montré très patient, en plein soleil, à midi. J’ai pu m’approcher comme on s’approche rarement des Aeshnidae mais il s’est envolé quelques secondes après celle-ci :

Aeshna mixta mâle, humidité dans les sacs aériens, Beaupréau (France-49), 20/09/2008
Aeshna mixta mâle, humidité dans les sacs aériens, Beaupréau (France-49), 20/09/2008

Ce n’est qu’en 2012 que j’ai fait attention à cette photo et l’ai montrée sur le forum Le Monde des Insectes.
Si on clique sur la photo on voit très nettement ce qui ressemble à des gouttes de condensation à l’intérieur de ces sacs aériens ! Très étonnant mais voit-on souvent les sacs aériens si bien délimités et de si près ? J’imagine que si leur délimitation est si visible c’est justement à cause de l’humidité ; pulvérisez de l’eau sur un verre dépoli il paraît beaucoup plus transparent /translucide.
Pourquoi, s’il s’agit de condensation, ne semble-t-il y avoir des gouttes que dans un des sacs et en particulier sur une cloison d’un des sacs ?
La condensation se produit quand de l’air humide est au contact d’une paroi plus froide que lui. Il se serait produit un effet de serre, l’air chaud et humide contenu dans ce sac se serait condensé au contact de la cuticule plus froide. Ce n’est guère convaincant d’imaginer une telle différence de température entre les 2 milieux…

Cependant c’est certainement le rôle majeur de ces sacs aériens que d’isoler thermiquement la libellule et ses muscles thoraciques de la chaleur mais aussi du froid car on connaît bien son extrême sensibilité au froid et son besoin de chaleur pour voler.
L’origine de ces gouttes reste pour moi un mystère.

D’autres rôles ou utilités sont attribués aux sacs aériens et l’observation montre qu’ils sont parfois enfoncés, comme la carrosserie d’une voiture, et comme pour cette dernière les dégâts mineurs n’affectent pas ses capacités à poursuivre une activité normale ; un rôle … d’air-bag donc.

On lit parfois qu’ils amélioreraient la sustentation des libellules par un effet « montgolfière », l’air chaud contenu dans les sacs étant plus léger que l’air ambiant. J’ai bien du mal à penser que l’air pourrait être si chaud dans les sacs aériens qu’il jouerait un rôle de ballon sans nuire gravement au métabolisme de la libellule ; il faudrait aussi que l’air se dilate et que le volume des sacs aériens augmente sensiblement ce qui n’a jamais été observé.